L’Horloge, de Charles Baudelaire

Horloge! dieu sinistre, effrayant, impassible,
Dont le doigt nous menace et nous dit: « Souviens-toi!
Les vibrantes Douleurs dans ton cÅ“ur plein d’effroi
Se planteront bientôt comme dans une cible;

Le plaisir vaporeux fuira vers l’horizon
Ainsi qu’une sylphide au fond de la coulisse;
Chaque instant te dévore un morceau du délice
À chaque homme accordé pour toute sa saison

Trois mille six cents fois par heure la Seconde
Chuchote: Souviens-toi!- Rapide, avec sa voix
D’insecte, maintenant dit: Je suis Autrefois,
Et j’ai pompé ta vie avec ma trompe immonde!

Remember! Souviens-toi! Prodigue! Esto memor!
(Mon gosier de métal parle toutes les langues.)
Les minutes, mortel folâtre, sont des gangues
Qu’il ne faut pas lâcher sans en extraire l’or!

Souviens-toi que le Temps est un joueur avide
Qui gagne sans tricher, à tout coup! c’est la loi,
Le jour décroît; la nuit augmente; souviens-toi!
La gouffre a toujours soif; la clepsydre se vide,

Tantôt sonnera l’heure où le divin Hasard,
Où l’auguste Vertu, ton épouse encore vierge,
Où le Repentir même (oh! la dernière auberge!),
Où tout te dira: Meurs vieux lâche! il est trop tard! »

Les Fleurs du Mal

Clepsydre egyptienne.jpg

Clepsydre égyptienne (XVe siècle avant notre ère)

Publié dans : Littérature française |le 3 octobre, 2006 |Pas de Commentaires »

Vous pouvez laisser une réponse.

Laisser un commentaire

mehdi |
Le TRANSFO |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | penser et tout dire
| Pascal DEMEURE, mes romans....
| le Cri du Crabe qui Cuit ...