Archive pour novembre, 2006

Les Chats, de Charles Baudelaire

Les Chats

Les amoureux fervents et les savants austères
Aiment également, dans leur mûre saison,
Les chats puissants et doux, orgueil de la maison,
Qui comme eux sont frileux et comme eux sédentaires

 

Amis de la science et de la volupté
Ils cherchent le silence et l’horreur des ténèbres;
L’Erèbe les eût pris pour ses coursiers funèbres,
S’ils pouvaient au servage incliner leur fierté.

 

Ils prennent en songeant les nobles attitudes
Des grands sphinx allongés au fond des solitudes,
Qui semblent s’endormir dans un rêve sans fin;

 

Leurs reins féconds sont plein d’étincelles magiques
Et des parcelles d’or, ainsi qu’un sable fin,
Étoilent vaguement leurs prunelles mystiques.

Les Fleurs du Mal

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Les chats (retouché d’après une photo de Chris Lightfoot)

Le Chat

 

I

Dans ma cervelle se promène,
Ainsi qu’en son appartement,
Un beau chat, fort doux et charmant.
Quand il miaule, on l’entend à peine,

 

Tant son timbre est tendre et discret;
Mais que sa voix s’apaise ou gronde,
Elle est toujours riche et profonde.
C’est là son charme et son secret.

 

Cette voix qui perle et qui filtre,
Dans mon fonds le plus ténébreux,
Me remplit comme un vers nombreux
Et me réjouit comme un philtre.

 

Elle endort les plus cruels maux
Et contient toutes les extases;
Pour dire les plus longues phrases,
Elle n’a plus besoin de mots.

 

Non, il n’est pas d’archet qui morde
Sur mon cœur, parfait instrument,
Et fasse plus royalement
Chanter sa plus vibrante corde,

 

Que ta voix, chat mystérieux,
Chat séraphique, chat étrange,
En qui tout est, comme en un ange,
Aussi subtil qu’harmonieux!

Les Fleurs du Mal

Le Chat

II

 

De sa fourrure blonde et brune
Sort un parfum si doux, qu’un soir
J’en fus embaumé, pour l’avoir
Caressé une fois, rien qu’une.

 

C’est l’esprit familier du lieu;
Il juge, il préside, il inspire
Toutes choses dans son empire;
Peut-être est-il fée, est-il dieu?

 

Quand mes yeux vers ce chat que j’aime
Tirés comme par un aimant,
Se retournent docilement
Et que je regarde en moi-même,

 

Je vois avec étonnement
Le feu de ses prunelles pâles,
Clairs fanaux, vivantes opales,
Qui me contemplent fixement.

Les Fleurs du Mal

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Chaton (retouché d’après une photo)

Le Chat

Viens, mon beau chat, sur mon cœur amoureux;
Retiens les griffes de ta patte,
Et laisse-moi plonger dans tes beaux yeux,
Mêlés de métal et d’agate.

 

Lorsque mes doigts caressent à loisir
Ta tête et ton dos élastique,
Et que ma main s’enivre du plaisir
De palper ton corps électrique,

 

Je vois ma femme en esprit. Son regard,
Comme le tien, aimable bête,
Profond et froid, coupe et fend comme un dard,

 

Et des pieds jusques à la tête,
Un air subtil, un dangereux parfum,
Nagent autour de son corps brun.

Les Fleurs du Mal

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Le Chat (de Paco sur Aquarellissime)

Publié dans:Littérature française |on 25 novembre, 2006 |1 Commentaire »

Les phares, de Charles Baudelaire

Rubens, fleuve d’oubli, jardin de la paresse,
Oreiller de chair fraîche où l’on ne peut aimer,
Mais où la vie afflue et s’agite sans cesse,
Comme l’air dans le ciel et la mer dans la mer;

Léonard de Vinci, miroir profond et sombre,
Où des anges charmants, avec un doux souris
Tout chargé de mystère, apparaissent à l’ombre
Des glaciers et des pins qui ferment leur pays;

Rembrandt, triste hôpital tout rempli de murmures,
Et d’un grand crucifix décoré seulement,
Où la prière en pleurs s’exhale des ordures,
Et d’un rayon d’hiver traversé brusquement;

Michel-Ange, lieu vague où l’on voit des Hercules
Se mêler à des Christs, et se lever tout droits
Des fantômes puissants qui dans les crépuscules
Déchirent leur suaire en étirant leurs doigts;

Colères de boxeur, impudences de faune,
Toi qui sus ramasser la beauté des goujats,
Grand cœur gonflé d’orgueil, homme débile et jaune,
Puget, mélancolique empereur des forçats;

Watteau, ce carnaval où bien des cœurs illustres,
Comme des papillons, errent en flamboyant,
Décors frais et légers éclairés par des lustres
Qui versent la folie à ce bal tournoyant;

Goya, cauchemar plein de choses inconnues,
De fœtus qu’on fait cuire au milieu des sabbats,
De vieilles au miroir et d’enfants toutes nues,
Pour tenter les démons ajustant bien leurs bas;

Delacroix, lac de sang hanté des mauvais anges,
Ombragé par un bois de sapins toujours vert,
Où, sous un ciel chagrin, des fanfares étranges
Passent, comme un soupir étouffé de Weber;

Ces malédictions, ces blasphèmes, ces plaintes,
Ces extases, ces cris, ces pleurs, ces Te Deum,
Sont un écho redit par mille labyrinthes;
C’est pour les cœurs mortels un divin opium!

C’est un cri répété par mille sentinelles,
Un ordre renvoyé par mille porte-voix;
C’est un phare allumé sur mille citadelles,
Un appel de chasseurs perdus dans les grands bois!

Car c’est vraiment, Seigneur, le meilleur témoignage
Que nous puissions donner de notre dignité
Que cet ardent sanglot qui roule d’âge en âge
Et vient mourir au bord de votre éternité!

Les Fleurs du Mal

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Le phare d’Alexandrie (de Jacques Martel) 

Publié dans:Littérature française |on 18 novembre, 2006 |Pas de commentaires »

Les Bijoux, de Charles Baudelaire

La très chère était nue, et, connaissant mon cœur,
Elle n’avait gardé que ses bijoux sonores,
Dont le riche attirail lui donnait l’air vainqueur
Qu’ont dans leurs jours heureux les esclaves des Mores.

Quand il jette en dansant son bruit vif et moqueur,
Ce monde rayonnant de métal et de pierre
Me ravit en extase, et j’aime à la fureur
Les choses où le son se mêle à la lumière.

Elle était donc couchée et se laissait aimer,
Et du haut du divan elle souriait d’aise
À mon amour profond et doux comme la mer,
Qui vers elle montait comme vers sa falaise.

Les yeux fixés sur moi, comme un tigre dompté,
D’un air vague et rêveur elle essayait des poses,
Et la candeur unie à la lubricité
Donnait un charme neuf à ses métamorphoses;

Et son bras et sa jambe, et sa cuisse et ses reins,
Polis comme de l’huile, onduleux comme un cygne,
Passaient devant mes yeux clairvoyants et sereins;
Et son ventre et ses seins, ces grappes de ma vigne,

S’avançaient, plus câlins que les Anges du mal,
Pour troubler le repos où mon âme était mise,
Et pour la déranger du rocher de cristal
Où, calme et solitaire, elle s’était assise.

Je croyais voir unis par un nouveau dessin
Les hanches de l’Antiope au buste d’un imberbe,
Tant sa taille faisait ressortir son bassin.
Sur ce teint fauve et brun, le fard était superbe!

- Et la lampe s’étant résignée à mourir,
Comme le foyer seul illuminait la chambre
Chaque fois qu’il poussait un flamboyant soupir,
Il inondait de sang cette peau couleur d’ambre!

Les Fleurs du Mal

 

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La femme aux bijoux

Publié dans:Littérature française |on 14 novembre, 2006 |Pas de commentaires »

Laziness, de Mark Twain

I don’t think there ever was a lazy man in this world. Every man has some sort of gift, and he prizes that gift beyond all others. He may be a professional billiard-player, or a Paderewski, or a poet I don’t care what it is. But whatever it is, he takes a native delight in exploiting that gift, and you will find it is difficult to beguile him away from it. Well, there are thousands of other interests occupying other men, but those interests don’t appeal to the special tastes of the billiard champion or Paderewski. They are set down, therefore, as too lazy to do that or do this to do, in short, what they have no taste or inclination to do. In that sense, then I am phenomenally lazy. But when it comes to writing a book I am not lazy. My family finds it difficult to dig me out of my chair.

 

- quoted in Sydney Morning Herald, 9/17/1895

 

Publié dans:Littérature américaine |on 14 novembre, 2006 |Pas de commentaires »

Quand les pierres parlaient aux étoiles, de Michel Demaria

MANIFESTE POUR L’AVÈNEMENT D’UN PARADIGME CATASTROPHISTE

 

Les mystères de l’évolution immobile

 

Si vous êtes de ceux que passionne la recherche de nos origines perdues voici plus de dix mille ans dans un possible cataclysme planétaire survenu à la fin de l’Ère Glaciaire, il est probable que plus d’une fois un étrange sentiment contradictoire vous ait saisi.

 

D’abord, on sent la solution proche. La possibilité paraît très forte que des civilisations avancées aient existé à ces lointaines époques, puis aient été balayées de la Terre par diverses catastrophes d’ampleur mondiale. Les indices en ce sens sont légion, et il semble très probable que de nombreuses énigmes archéologiques puissent trouver leur solution dans la recherche de ces civilisations.

 

En dépit de certaines résistances compréhensibles, le monde scientifique s’ouvre progressivement à ces idées. Le progrès des moyens d’investigation génère rapidement de nouvelles connaissances. Elles permettent d’envisager que les anciennes légendes concernant ces événements renferment une part de vérité, qu’il convient alors de modéliser.

 

J’en veux pour preuve l’acceptation désormais générale que la Terre reste sous la menace d’impacts cosmiques qui peuvent expliquer la disparition des dinosaures. Autre nouveauté, les découvertes concernant la réalité d’une ancienne catastrophe diluvienne en Mer Noire. Ou encore la découverte de l’existence d’îles en face de Gibraltar et submergées à l’époque où Platon situe la fin de l’Atlantide, assortie de celle encore plus récente des traces d’un tsunami considérable qui s’est abattu sur le détroit voici un peu plus de 10.000 ans!

 

[…]

 

On sait par exemple que des milliers de mammouths sibériens sont morts engloutis puis congelés dans une boue épaisse d’au moins une dizaine de mètres. Mais il n’est pas envisageable qu’une catastrophe climatique radicale se soit produite rapidement sur une telle étendue de terres. Non! Ils broutaient (des lichens subarctiques bien sûr, pas du fourrage, dont il leur fallait de grosses quantités quotidiennes), ils sont malencontreusement tombés dans une rivière ou un marécage et s’y sont noyés. Puis le marécage a gelé définitivement, sous un changement progressif du climat, c’est tout. Ou bien ils sont tous morts frappés par une mystérieuse épidémie, ainsi que l’affirme une théorie récente. Comme les tigres à dents de sabre, les rhinocéros laineux et les toxodontes d’Amérique? Pas de chance, vraiment! Les autres milliers de mammouths dont on retrouve les squelettes sur les fonds de la Manche et de la Mer du Nord ne peuvent pas avoir été piégés par une montée très brutale du niveau de la mer, voire un «tsunami», car un tel événement est réputé impossible à ces époques. Ils ont été surpris par une montée des eaux de quelques centimètres par an pendant quelques millénaires, et ils se sont tous noyés dans les marais, dans la même vallée, comme en Sibérie, voilà tout!

 

Évoquez simplement la possibilité que la civilisation disparue de l’Atlantide ait pu être, au-delà de la légende, une réalité située à l’emplacement des Açores, comme le décrit Platon dans son texte clair et précis. On vous opposera la certitude absolue que la dorsale médio atlantique, sur laquelle repose cet archipel, ne peut pas avoir été largement émergée, puis précipitée brutalement deux mille huit cents mètres plus bas. Le fond des mers est calme depuis longtemps, pas de place pour le «catastrophisme». Le modèle actuel de la tectonique des plaques interdit d’imaginer de tels mouvements verticaux de l’écorce terrestre. Seuls peuvent exister les mouvements de glissement des plaques supposées rigides de l’écorce terrestre sur le manteau visqueux supposé uniforme. Le fond des mers est presque exclusivement constitué de basalte extrudé entre les plaques sous la pression des «points chauds», le dogme affirme qu’il n’y existe pratiquement pas de matériaux «continentaux». Mais cela est souvent faux, en particulier dans les parages de la dorsale médio atlantique.

 

On oubliera soigneusement de dire que ce modèle ne colle pas au cas des Açores, un «point triple» où se rencontrent trois plaques océaniques. On ne sait pas localiser un point chaud précis en cet endroit, on ne sait pas localiser le passage exact de la faille est-ouest du système, on ne sait pas si une «micro plaque» existe en ces lieux. Mais toute autre vision moins restrictive que l’affrontement horizontal de deux plaques est totalement exclue. Et l’on affecte d’ignorer les divers éléments ramenés par plusieurs expéditions d’exploration menées du XIXe siècle à nos jours. Ils montrent que voici douze mille ans se trouvaient des terres émergées, où la dorsale médio atlantique gît à plus de deux mille mètres de fond. Il faudra bien un jour expliquer pourquoi. Mais on refuse encore de prendre en compte la possibilité d’importants mouvements verticaux de l’écorce, car cela reviendrait à abandonner ce cher modèle uniformitariste, et admettre la validité des thèses catastrophistes. Comme par exemple la fonte rapide des glaciers terrestres géants et l’augmentation très brutale de la masse d’eau pesant sur les fonds océaniques à la fin de l’Ère glaciaire. Comme la possibilité d’une expansion du volume, et donc de la surface de la Terre, ou encore un glissement global de la lithosphère sur l’asténosphère, qui permettraient de résoudre bien des contradictions du modèle dominant d’explication climatique et géophysique. Enfin, on minore l’importance de l’extraordinaire champ de cratères de Caroline aux USA, qui suggère un impact de comète majeur et récent (aux environs de douze mille ans) sur le fond de l’Atlantique, au nord de Porto-Rico (Fosse de Narès), et qui serait la cause possible d’une catastrophe mondiale. Un archipel posé sur la dorsale (comme l’est encore l’Islande), et si près du «chaudron», ne pourrait résister aux forces titanesques exercées alors sur le fragile équilibre de la jointure des plaques au centre de l’Atlantique.

 

Pour se consoler et ne pas affronter le dogme en face, les chercheurs les plus audacieux iront affirmer que le texte du philosophe grec a été mal traduit et qu’il plaçait en fait l’Atlantide en Crète, au Pôle Sud, et peut-être bientôt en Mandchourie. Ou bien on imagine de distordre les unités de temps pour rapprocher l’événement de l’époque de Platon, et donc de la nôtre. Tout plutôt que d’affronter le «gouffre du temps». Ce philosophe ne savait-il donc pas compter les années, était-il ignare en géographie, ou bien racontait-il si mal que l’on se perde ainsi en conjectures sur ce qu’il a voulu dire «en réalité»?

 

[…]

 

Seul un basculement catastrophique de l’axe du globe, ou un glissement de l’écorce terrestre sur le magma peut expliquer cela. C’est la théorie que défendit des années cinquante aux années soixante le professeur d’histoire des sciences Charles Hapgood. Il éveilla l’intérêt d’Albert Einstein en particulier, et la froide hostilité du monde scientifique en général. («Les Mouvements de l’Écorce Terrestre», 1958).

 

Mais aucun sceptique «ultra-rationaliste» n’a pu trouver de parade aux étonnantes études du même Charles Hapgood, relatives au mystère des anciens portulans. («Les Cartes des Anciens Rois des Mers», 1966). Ces cartes datant des XIVe, XVe et XVIe siècles montrent avec précision des terres inconnues à ces époques, ou encore émergées alors qu’elles sont maintenant sous les eaux, ou les glaces, comme l’Antarctique, justement. Elles ont manifestement été bâties et compilées à partir d’originaux très anciens, mais inconnus à ce jour. Et qui a pu cartographier la terre voici plus de dix mille ans avec une précision qui exigeait la mesure précise des longitudes et l’emploi de la projection par trigonométrie sphérique, une expertise qui ne fut acquise qu’à partir de la fin du XVIIIe siècle, alors que l’Antarctique ne fut découverte qu’au XIXe siècle, et seulement explorée au XXe?

 

[…]

 

En ce qui concerne les anciennes civilisations perdues dans les brumes des débuts de l’Histoire, tout est désormais clair, explicable, et codifié. Pas de mystère, ce mot sent trop l’irrationnel.

 

On vous dira que les lignes de Nazca du désert côtier Péruvien ont été tracées par le «peuple Nazca».

 

Quant à l’étrange «cité des Dieux» du Mexique ancien, Theotihuacan, dont la pyramide du Soleil possède une base de mêmes dimensions, et une hauteur exactement égale à la moitié que celle de Keops, on est certain qu’elle fut bâtie beaucoup plus tard par des «Theotihuacans», et qu’il n’y a aucun rapport imaginable avec Gizeh. Tout est simple!

 

L’énigmatique cité de Tiahuanaco, en Bolivie, dont certains éléments suggèrent que c’était un port, se trouve maintenant à plusieurs kilomètres du Lac Titicaca, et présente les traces d’une agriculture organisée à une altitude qui la rendrait aujourd’hui impraticable. Les traditions locales, ainsi que celles des Incas, affirment qu’elle fut construite par des «Dieux», puis détruite par un «Déluge», et habitée ensuite par le Dieu civilisateur Viracocha. Son architecture étrange, de nature géométrique et dépouillée, ainsi que l’existence de statues au physique caucasien devraient interpeller tout esprit curieux. Mais on affirme que sa construction ne date que des premiers siècles de notre ère, par un peuple nommé bien sûr «Tihuanacan». Donc, tout va bien, rien ne bouge!

 

Les alignements de Carnac en Bretagne, dont on ignore encore la raison d’être et l’âge exact, ont été érigés avant l’arrivée des Celtes par des populations dont on ne sait quasiment rien! Curieusement, on dispose de plus d’informations sur leurs ancêtres d’il y a trente mille ans. On évoquera pudiquement le «hiatus néolithique». Mais toute spéculation, même logique et rationnelle, visant à une remise en cause du dogme de l’âge relativement récent et de la destination funéraire de la quasi-totalité des mégalithes est «hérétique». Tout a été découvert, jugé, et expliqué. Qu’on se le dise!

 

Examinez les trois énormes pavés monolithiques de plus de vingt mètres de long et de presque mille tonnes chacun, qui forment le soubassement des temples Romains de Baalbek, au Liban.

 

La plupart des archéologues sont violemment opposés à l’hypothèse d’anciennes civilisations avancées dans un lointain passé, qu’ils qualifient «d’imposture». Alors ils nous expliquent que ces dalles colossales ont été mises en place côte-à-côte, jointives, et à l’horizontale, par les Romains eux-mêmes. Certes, ils étaient maîtres architectes et ingénieurs capables de transporter et d’ériger des masses énormes. Leur record absolu fut l’obélisque de Thoutmosis IV, à Karnak. Transporté à Rome en 357 ap. J.C. et érigé au Circus Maximus, c’était le plus lourd de tous, pesant près de 450 tonnes! Mais contrairement à toutes les autres réalisations romaines d’importance, la terrasse de Baalbek n’est ni documentée, ni signée. Un fait très inhabituel! En outre, pourquoi s’obliger à manier de telles masses (trois fois le double de l’obélisque de St-Jean-de-Latran) pour un simple soubassement? Cet irrationalisme était étranger aux Romains, peuple pragmatique et dépourvu de mysticisme.

 

Il est cependant connu que les Égyptiens et les Hébreux savaient eux aussi tailler, transporter et mettre en place des blocs atteignant 500 tonnes. Mais pour les pierres géantes de Baalbek, record mondial absolu de 980 tonnes, personne ne sait vraiment qui, quand et pourquoi. Aucune réponse! Aucune preuve! Là aussi, une spéculation est devenue un dogme.

 

On évitera soigneusement de vous avouer qu’en fait, on ne sait quasiment pas répondre aux questions fondamentales posées par ces sites:

 

Construits par qui? Quand? Comment? Dans quel but?

 

[…]

 

Ne vous êtes-vous jamais étonnés de l’extension mondiale de ce que l’on appelle les «mégalithes»? On appelle ainsi tous les monuments préhistoriques ou liés aux «premières» civilisations historiques, constitués de pierres énormes ou en très grande nombre.

 

Vous avez sûrement constaté que des cultes dédiés aux astres et provenant de la nuit des temps s’égrènent sur toute notre planète, en suivant la chaîne des mégalithes, des pyramides et des temples cyclopéens. Sachez alors que l’archéologie cantonne presque exclusivement tous ces monuments à des fonctions funéraires ou à des cultes des ancêtres, ou bien ce sont des forteresses. Pour la majorité des archéologues, quasiment toutes les pyramides, tous les dolmens, tous les cairns, tous les cromlechs, tous les menhirs, sont des tombes et des commémorations de défunts. Pourtant, il est notable que les cultes du soleil, de la lune et des étoiles étaient répandus chez tous les peuples anciens de notre planète, en même temps, il est vrai, que des cultes funéraires, ou de divinités locales. L’un n’exclut pas forcément l’autre. Il est évident qu’une partie importante des dolmens et des cairns étaient des temples avant de devenir des tombes, et beaucoup n’ont jamais contenu de sépultures. Il n’existe aucune preuve absolue que les pyramides de Gizeh aient été des tombeaux permanents et définitifs.

 

Quant aux menhirs, si certains d’entre eux, de forme anthropomorphe, représentent des «ancêtres» ou des «dieux», la plupart servaient d’autres desseins. Beaucoup sont disposés suivant des alignements de visées célestes, en lignes ou en cercles. Ces architectures témoignent de surprenantes connaissances de géométrie et d’astronomie, en décalage évident avec l’histoire officielle de l’évolution des sciences. D’autres menhirs servaient de marqueurs ou de délimiteurs géographiques. Ils balisaient des voies, terrestres ou maritimes, marquaient ou délimitaient des sites sacrés de tous types. Il en est même qui furent érigés sur des cairns funéraires! L’existence de ces réseaux de marqueurs indique aussi des connaissances en géographie. Enfin, il existe une possibilité les peuples anciens aient eu une connaissance fine des caractéristiques électromagnétiques de notre planète, de ses éléments terre, air et eau. Certains chercheurs pensent que nombre de menhirs étaient implantés en des points précis, aux nœuds d’intersection de lignes «équipotentielles» appartenant à un réseau maillé, dont l’effet local sur les caractéristiques électrochimiques du sol, des écoulements d’eau, et la qualité d’ionisation de l’air demandait à être particulièrement contrôlé, stabilisé et équilibré dans certaines zones. Une sorte d’acupuncture écologique. On peut en sourire, mais il ne faut pas oublier les légendes tenaces sur nombre de propriétés thérapeutiques bénéfiques attribuées aux menhirs par la culture populaire ancienne des diverses régions de France.

 

Tous les éléments que je soumets au lecteur sont connus, mais ils méritent d’être rappelés ici, tous réunis, afin que l’on réalise à quel point le consensus culturel contemporain ignore ou est incapable de prendre en compte une importante partie de la réalité de notre passé. Ce qui revient à comprendre à quel point le modèle actuellement admissible est réducteur, pauvre et incomplet.

 

Pour se dégager du sentiment de contradiction que l’on peut éprouver si l’on se prend d’intérêt pour ces questions, tout en conservant lucidité et esprit rationnel, il faut permettre à la somme d’indices et de preuves qui s’amoncellent constamment de rentrer dans un cadre général suffisamment structuré et synthétique. Il faut désormais cerner les solutions de façon globale, et il faut les guider vers ce cadre, afin qu’elles cessent de dériver inexorablement vers un horizon toujours fuyant. Pour cela, il faut donner à l’esprit un fil conducteur qui lui évite de s’égarer dans le labyrinthe des possibles, un «Fil d’Ariane» intellectuel, constitué de concepts étroitement entrelacés. Ce fil conducteur, à l’image de nos modernes fibres synthétiques, pourra être «multibrins» et «composite», afin d’être à la fois souple et solide. Il ne pourra être réalisé que par des individus convergeant vers une même quête de vérité. Et chacun pourra en tisser un brin. C’est un de ces modestes brins envisageables que cette étude se propose de tisser au fil de votre lecture.

 

Des civilisations disparues, une culture et un langage?

 

La grande question que l’on se pose à propos de ces monuments étranges et de ces connaissances inexpliquées dont ils témoignent est la suivante: Sont-ils l’expression d’une culture mondiale disparue? Car les mégalithes ne sont pas seulement à Stonehenge ou Carnac, on en trouve dans le monde entier.

 

Et qui dit civilisation, dit langage structuré. Avez-vous jamais remarqué les étranges similitudes de noms de peuples, de pays, et de sites anciens qui se répètent de part le monde?

 

Par exemple, est-ce un hasard si l’on retrouve Ra, le Dieu-Soleil, non seulement en Égypte, notamment dans le nom du Pharaon, mais aussi dans bien d’autres endroits du monde? Par exemple dans le Pacifique, à Raiatéa et Rapa-Nui, où se déroulaient des cultes solaires, dans le nom du cairn de Tara, le site solaire le plus sacré de l’ancienne Irlande, ou encore dans celui du temple solaire de Konaraka, en Inde, sans oublier ceux des divinités solaires Ahura-Mazda de l’ancienne Perse, et Ostara, déesse germanique de la fertilité, honorée au soleil levant d’équinoxe, d’où provient notre appellation contemporaine de l’est.

 

On encore, comment se fait-il que le mot Kar, Gar, ou Ker, que l’auteur Louis Charpentier a identifié comme le plus ancien mot voulant dire la pierre, se retrouve dans les noms des alignements de Carnac, des lignes de béliers de Karnak, dans le nom de l’état Indien du Karnataka, où se trouvent des alignements de pierres en un lieu nommé Hanamsagar, ou bien encore dans celui du site des cercles de pierre de Kerr-Batch, non loin de la ville de Dakar, alors que les Cairns solaires assortis de menhirs qui se trouvent dans les steppes du Kazakhstan et de Mongolie se nomment Kereksurs?

 

Et si vous faites remarquer que les cités observatoires Mayas nommées Itza (Izabal, Chichen-Itza, etc..) évoquent directement le mot basque Izarra qui veut dire étoile, on vous rétorquera que ce n’est qu’une coïncidence, car leur noms proviennent d’une ethnie nommée «Itza». Point! Et si la présence du Dieu Egyptien Thot, ou Theoutis, dans le nom de la cité de Theotihuacan vous étonne, au point d’imaginer quelque lien lointain, on vous conseillera de ne plus prêter attention à de telles élucubrations, sous peine de passer pour un niais un peu primaire.

 

Certes, si vous avez lu l’auteur Eric Guerrier et son ouvrage «Le Premier Testament des Dieux», vous savez que Illa est le plus ancien mot connu dans les langues sémitiques pour désigner le ciel sacré et lumineux de la divinité. D’où le nom de Babylone, Bab-Illanu, et celui donné à Allah. Dieu, le ciel divin et la lumière en un seul mot. Remarquez que le même mot Illa, Illu, a donné illuminé et illustre et aussi lumière dans notre langue.

 

Mais vous le retrouvez aussi en sanskrit, où l’expression Ta-La signifie le Monde d’en Haut, celui du ciel divin, par opposition au nôtre, celui des humains. Et vous découvrez alors que le troisième nom de Viracocha, présenté comme un «Zeus aux éclairs» à Tihuanaco, outre celui de Kon-Tiki, est Tonopa-Illa. Puis vous réalisez que le dieu celte de la lumière, Lug, pourrait avoir un rapport avec Illu, comme Apollon avec Illa. Enfin, vous constatez dans «Eden in the East, the drowned Continent of south-east Asia», du Dr. Stephen Oppenheimer, que Ilu signifie le firmament aux îles Samoa, et que Ilai est le Dieu Soleil chez les Torajas d’Indonésie.

 

C’est ainsi que de proche en en proche, j’en suis arrivé à me demander si un lien commun pouvait exister quelque part entre tous ces noms, dont la répétitivité persistante de part le monde, constatée au fil des Atlas géographiques et archéologiques, menait logiquement à exclure du jeu le bienveillant «Dieu Hasard» des sceptiques «ultra-rationalistes».

 

De ce fait, la deuxième grande question qu’il faut alors se poser est fondamentale. Se pourrait-il qu’un langage initiatique mondial, unique et oublié, ait «fédéré» tout cela, voici bien longtemps? La réponse à cette question est peut-être l’un des brins du «Fil d’Ariane» ordonné et structuré qu’il faut commencer de tresser dès maintenant. C’est le but de cette étude.

 

On peut sans difficulté explorer tout autour de notre globe une multitude sans fin de noms semblables à ceux que je viens de citer, de sorte qu’un véritable vertige intellectuel finit par se manifester, en prenant conscience de l’extension réellement immense que peut prendre l’application de cette hypothèse d’ancien langage sacré. Face à la déconcertante facilité avec laquelle on peut décoder ainsi, muni de cette clé, des centaines de noms d’anciens sites tout autour de la Terre, on se retrouve avec une alternative simple:

 

– Ou bien tout ceci n’est qu’illusion, jeu de l’esprit, et pur produit du hasard, la chance a voulu que les phonèmes «découverts» correspondent à un maximum de langues autour de la Terre, et s’appliquent partout.

 

– Ou bien les langues de la Terre entière possèdent des mots et expressions identiques et communs, permettant de nommer tous les lieux sacrés suivant les mêmes règles.

 

Cette dernière proposition implique:

 

– Soit l’existence d’une étroite communauté linguistique entre de nombreux peuples, qui marque un très ancien contact ou un «brassage» global à l’échelle mondiale, et forcément antérieur aux temps historiques. Mais ce sont là des liens généralisés que les linguistes n’ont jamais formellement établi.

 

– Soit l’existence d’un «méta-langage» artificiel, et «supra-national» créé et diffusé en des temps immémoriaux, et disparu en tant que tel à l’aube de l’histoire, quand les hommes oublièrent aussi les mégalithes.

 

À bien y regarder, il devait satisfaire à un ambitieux cahier des charges, qui fut résolu et appliqué pendant des millénaires. Imaginez un langage indépendant des langues usuelles, qui serait né du besoin de nommer de façon cohérente les concepts et les lieux d’un ensemble mondial de cultes solaires et stellaires, pratiqué par des peuples de races et de langues très différentes. Il devait donc pouvoir être compris et mémorisé sans ambiguïté par tous les peuples porteurs de sa culture, être prononçable dans toutes les langues concernées, et demeurer pérenne sans déformations ni dérives. Cela dura tant que les mégalithes furent des pierres «vivantes», porteuses du Mana, et permettant aux hommes de communiquer avec le ciel divin. Puis il tomba dans l’oubli, comme les grandes pierres.

 

D’un côté oublié comme outil opérationnel de communication, mais de l’autre préservé dans «l’inconscient culturel» des peuples, ce langage particulier semble avoir imprégné des milliers de noms de lieux et de divinités sur notre planète. Cela implique l’existence d’une ancienne culture qui a diffusé sur l’ensemble du globe en des temps dont le souvenir a été effacé de l’histoire, mais pas totalement de la mémoire des hommes, car elle survit encore dans les brumes des légendes et dans la toponymie contemporaine.

 

Nous partirons donc à la recherche de cette ancienne culture sacrée oubliée, qui, tout autour du monde, reliait pétroglyphes, mégalithes, pyramides et autres temples aux cultes solaires, lunaires et stellaires.

 

La conclusion sera que la toponymie mondiale est le reflet fidèle et persistant d’une très ancienne chaîne culturelle mondiale, et qu’elle remonte peut être aux temps antédiluviens. Si c’est le cas, le langage liturgique de ces cultes a survécu aux catastrophes diluviennes et s’est transmis à travers les millénaires. Il apparaît qu’il remonte à un temps très ancien car souvent, les peuples concernés par les sites ou légendes étudiées dans ce cadre précis ont totalement perdu la mémoire de l’origine des noms employés. Aucune trace. Les étymologies des noms étudiés sont souvent multiples, voire contradictoires, et il arrive qu’il n’y en ait pas. Et pourtant, une incroyable série de « coïncidences toponymiques » s’est déroulée sous mes yeux et sans effort particulier de transcription complexe.

 

En effet, non seulement la présence de l’ancien langage oublié est perceptible dans la toponymie des lieux traditionnellement sacrés comme dans les anciens cultes solaires/stellaires, mais encore il se rencontre souvent dans la mythologie des civilisations antiques.

 

Les peuples dont le terroir et les traditions portent la marque persistante de l’ancien langage oublié n’ont eu aucun contact historiquement rapporté entre eux, leurs cultures sont censées n’avoir eu aucune influence réciproque connue, et pourtant ils emploient partout les mêmes mots pour désigner les mêmes concepts, comme nous le verrons au cours de cette étude.

 

Son origine pourrait remonter aux temps dits pré- et proto-historiques, et cela impose une série de remarques liées:

 

Ce langage est le reflet de civilisations évoluées, en contact étroit, et capables d’exprimer et de fixer des concepts avancés (monothéisme, astronomie) dans un langage commun. Elles étaient capables de réalisations architecturales demandant un bon niveau technique.

 

Ces conditions supposent des échanges prolongés dans le temps et l’espace, des moyens de voyager, donc un bon niveau d’architecture navale et une connaissance forte de notre globe, de ses mers, et de son ciel. Il fut donc «diffusé» dès ces époques, et les «vestiges linguistiques» que nous découvrons, remontent obligatoirement, même de façon très indirecte, à ces lointaines époques.

 

Cette diffusion n’a pu s’opérer que par une chaîne continue de contacts entre cultures, ou par une «culture–vecteur» capable de parcourir le monde pendant très longtemps. Au choix, ou peut-être la solution participe-t-elle des deux hypothèses.

 

Cette définition caractérise un ensemble de civilisations ayant atteint un niveau de sciences et techniques sans doute comparable au XVIIIe siècle européen, juste avant l’aube de la révolution industrielle. Cependant, leur schéma culturel décrit dans le récit de Platon ainsi que dans les traditions de l’Inde et de la Grèce Antique se rapproche plus, par d’autres aspects culturels, de nos époques médiévales. L’histoire ne se répète jamais à l’identique.

 

Le célèbre mécanisme d’Antikythera prouve à lui seul que le chronomètre de marine que John Harrison inventa dans la deuxième moitié du XVIIIe siècle aurait pu naître plus tôt. Et cet outil, créé pour parvenir enfin à mesurer les longitudes, joint au bon niveau de la marine à voile à cette époque, permit au Capitaine James Cook de parcourir et cartographier avec précision la plus grande partie de l’océan Pacifique. Il n’y eut pas besoin des moyens modernes de l’ère industrielle et technologique. Cela fut accompli sans avions, sans moteurs à vapeur, sans pétrole ni électricité, sans satellites ni ordinateurs. Il faut être à la fois lucide et prudent pour décréter ce qui était possible ou impossible dans les époques passées. Il n’est pas indispensable de disposer de toute l’infrastructure industrielle contemporaine pour mériter le titre de «civilisation avancée». Le télescope est né avant l’ère moderne. Comme la science de la cartographie.

 

Les étonnants portulans du Moyen-Âge et de la Renaissance apparaissent comme d’habiles compilations nécessairement basées sur des «documents sources» extrêmement précis et documentés, qui n’ont jamais été révélés, et dont la trace mène le plus souvent à l’ancienne bibliothèque d’Alexandrie. Mais les connaissances élevées en mathématiques et géographie qu’ils suggèrent ne correspondent pas au savoir de l’époque de Ptolémée. Ils ne peuvent provenir que d’une culture antérieure, qui ne peut s’être développée qu’en des temps très lointains, eu égard aux caractéristiques géographiques décrites, qui sont incompatibles avec la géographie actuelle, et correspondent à des époques vieilles de 8 à 15.000 ans avant notre ère. Sans cette hypothèse, comment expliquer la description géographique du prêtre égyptien de Saïs au législateur athénien Solon, telle que rapportée par Platon? Si le récit est vrai et exact, comme l’affirme fortement le philosophe, alors ce prêtre ne pouvait que décrire une carte de la Méditerranée et de l’Atlantique, qui s’étendait jusqu’en Amérique, et qu’il avait eu concrètement sous les yeux.

 

En toute logique, ces civilisations se sont développées pour finalement atteindre le niveau culturel et technique nécessaire qui seul peut expliquer toutes les anomalies inexplicables par le modèle du consensus dominant présent. Puis elles ont «presque» entièrement disparu durant les catastrophes survenues en chaîne à la fin de la dernière Ère Glaciaire, balayées de fond en comble, rasées, englouties. Quasiment pas de traces, du moins pas identifiables immédiatement et sans discussion.

 

Si le catastrophisme est une hypothèse erronée, leur existence est impossible. Mais il semble de plus en plus que le consensus actuel basé sur l’ancien actualisme de Lyell (XIXe siècle, pas récent!) et l’évolution Darwinienne (de plus en plus contestée) s’avère une impasse incapable de rendre compte de ses propres contradictions, et ce qui passait pour rêve et délire irrationnel tend à devenir un possible nouveau modèle de l’histoire des hommes.

 

Si les civilisations disparues peuvent constituer une hypothèse valable, alors l’existence de ce langage sacré ancien pourrait bien devenir une explication plus satisfaisante que le «Dieu-Hasard» ou son avatar moderne, le «Dieu-Statistiques», pour rendre compte de l’incroyable somme de coïncidences toponymiques et linguistiques que mon étude expose. Le présent texte ne peut prétendre à la qualification de scientifique, l’auteur, simple ingénieur, n’étant pas archéologue, ni historien, ni linguiste, ni géologue, ni astronome, ni océanologue. De plus, il ne comporte aucun engagement religieux ni politique d’aucune sorte et se veut simplement l’expression de la libre pensée de bon sens d’un «honnête homme». Cette quête requiert surtout un subtil mélange d’audace, de prudence et de rigueur intellectuelles, et l’emploi raisonné de la spéculation.

 

Car la recherche de ce langage hypothétique nous amènera à enfreindre les règles de base de la linguistique: nous établirons des liens entre des noms de villes, de lieux, et des patronymes de Dieux ou de rois issus de listes disparates et propres à diverses civilisations éloignées dans le temps et l’espace, et nous bâtirons des hypothèses à partir de petits groupes de noms limités.

 

Le savoir perdu que nous recherchons nous attend depuis des millénaires, dispersé sur notre planète tout au long de la chaîne mondiale des mégalithes, des pyramides et des temples anciens: il suffit d’écouter les légendes qu’ils nous racontent, de retenir les noms qu’ils nous confient, et de comprendre, enfin, le langage venu des temps où des pierres dressées et alignées parlaient aux astres. C’est pourquoi vous êtes invités à abandonner ici toutes certitudes académiques rigides, à assouplir votre esprit et réveiller votre imagination, tout en suivant le chemin indiqué par les fées Raison et Logique. Il est le mien depuis plusieurs années, et peut aussi devenir le vôtre.

 

Michel DEMARIA

 

Je remercie l’auteur qui m’a donné l’autorisation de reproduire ici l’introduction de son essai. Ne manquez pas d’aller lire le texte dans son intégralité sur le site: http://atlantides.free.fr

Publié dans:Cultures et civilisations |on 10 novembre, 2006 |Pas de commentaires »

From Normandy to the Pyrénées, de Henry James

Henry James fait revivre ma Normandie… et je ne résiste pas au plaisir de vous présenter ce « petit bijou » à mes yeux…

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The other day, before the first fire of winter, when the deepening dusk had compelled me to close my book and wheel my chair closer, I indulged in a retrospect. The objects of it were not far distant, and yet they seemed already to glow with the mellow tints of the days that are no more. In the crackling flame the last remnant of the summer appeared to shrink up and vanish. But the flicker of it’s destruction made a sort of fantastic imagery, and in the midst of the winter fire the summer sunshine seemed to glow. It lit up a series of visible memories.

 

I.

One of the first was that of a perfect day on the coast of Normandy —- a warm, still Sunday in the early part of August. From my pillow, on waking, I could look at a strip of blue sea and a section of white cliff. I observed that the sea had never been so brilliant, and that the cliff was shining like the coast of Paros. I rose and came forth with the sense that it was the finest day of summer, and that one ought to do something uncommon by way of keeping it. At Etretat it was uncommon to take a walk; the custom of the country is to lie all day upon the pebbly strand watching, as we should say in America, your fellow boarders. Your leisurely stroll, in a scanty sheet, from your bathing cabin into the water, and your trickling progress from the water back into your cabin, form, as a general thing, the sum total of your peregrination. For the rest you remain horizontal, contemplating the horizon. To mark the day with a white stone, therefore, it was quite sufficient to stretch my legs. So I climbed the huge grassy cliff which shuts in the little bay on the right (as you lie on the beach, head upward), and gained the bleak white chapel of Notre Dame de la Garde, which a lady told me she was sure was the original of Matthew Arnold’s “Little Grey Church on the Windy Hill.” This is very likely; but the little church today was not grey; neither was the hill windy.

I had occasion, by the time I reached the summit, to wish it had been. Deep, silent sunshine filled the air, and the long grass of the downs stood up in the light without a tremor. The downs at Etretat are magnificent, and the way they stretched off toward Dieppe, with their shining levels and their faintly-shaded dells, was in itself an irresistible invitation. On the land side they have been somewhat narrowed by cultivation; the woods, and farms, and grain fields here and there creep close enough to the edge of the cliff almost to see the shifting of the tides at it’s base. But cultivation in Normandy is itself picturesque, and the pedestrian rarely need resent it’s encroachments. Neither walls nor hedges or fences are anywhere visible; the whole land lies open to the breezes and to his curious footsteps. This universal absence of barriers gives an air of vastness to the landscape, so that really, in a little French province, you have more of the feeling of being in a big country than on our own huge continent, which bristles so unconsciously with prohibitory rails and stone-piles. Norman farmhouses, too, with their mossy roofs and their visible beams making all kinds of triangles upon the ancient plaster of their walls, are very delightful things. Hereabouts they have always a dark little wood close beside them; often a chénaie, as the term is —- a fantastic little grove of tempest-tossed oaks. The trees look as if, some night, when the sea-blasts were howling their loudest and their boughs were tossing most wildly, the tumult had suddenly been stilled and they had stopped short, each in the attitude into which the storm was twisting it. The only thing the storm can do with them now is to blow them straight. The long, indented coast line had never seemed to me so charming. It stretched away into the light haze of the horizon, with such lovely violet spots in it’s caves and hollows, and such soft white gleams on it’s short headlands—-such exquisite gradations of distance and such capricious interruptions of perspective —- that one could only say that the land was really trying to smile as hard as the sea. The smile of the sea was a positive simper. Such a glittering and twinkling, such a softness and blueness, such tiny little pin-points of foam, and such delicate little wrinkles of waves —- all this made the ocean look like a flattered portrait.

The day I speak of was a Sunday, and there were to be races at Fécamp, ten miles away. The agreeable thing was, of course, to walk to Fécamp, over the grassy downs. I walked and walked, over the levels and the dells, having land and ocean quite to myself. Here and there I met a shepherd, lying flat on his stomach in the sun, while his sheep, in extreme dishabille (shearing time being recent), went huddling in front of me as I approached. Far below, on the blue ocean, like a fly on a table of lapis, crawled a little steamer, carrying people from Etretat to the races. I seemed to go much faster, yet the steamer got to Fécamp before me. But I stopped to gossip with a shepherd on a grassy hillside, and to admire certain little villages which are niched in small, transverse, seaward-sloping valleys. The shepherd told me that he had been farm-servant to the same master for five-and-thirty years —- ever since the age of ten; and that for thirty-five summers he had fed his flock upon those downs. I don’t know whether his sheep were tired of their diet, but he professed himself very tired of his life. I remarked that in fine weather it must be charming, and he observed, with humility, that to thirty-five summers there went several rainy days.

The walk to Fécamp would be purely delightful if it were not for the fonds. The fonds are the transverse valleys just mentioned —- the channels, for the most part, of small watercourses which discharge themselves into the sea. The downs subside, precipitately, to the level of the beach, and then slowly lift their grassy shoulders on the other side of the gully. As the cliffs are of immense height, these indentations are profound, and drain off a little of the exhilaration of the too elastic pedestrian. The first fonds strike him as delightfully picturesque, and he is down the long slope on one side and up the gigantic hump on the other before he has time to feel hot. But the second is greeted with that tempered empressement with which you bow in the street to an acquaintance with whom you have met half an hour before; the third is a stale repetition; the fourth is decidedly one too many, and the fifth is sensibly exasperating. The fonds, in a word, are very tiresome. It was, if I remember rightly, in the bottom of the last and widest of the series that I discovered the little town of Yport. Every little fishing village on the Norman coast has, within the last ten years, set up in business as a watering-place; and, though one might fancy that Nature had condemned Yport to modest obscurity, it is plain that she has no idea of being out of the fashion. But she is a miniature imitation of her rivals. She has a meagre little wood behind her and an evil-smelling beach, on which bathing is possible only at the highest tide. At the scorching midday hour at which I inspected her she seemed absolutely empty, and the ocean, beyond acres of slippery seaweed, looked very far away. She has everything that a properly appointed station de bains should have, but everything is on a Lilliputian scale. The whole place looked like a huge Nuremburg toy. There is a diminutive hotel, in which, properly, the head waiter should be a pigmy and the chambermaid a sprite, and beside it there is a Casino on the smallest possible scale. Everything about the Casino is so harmoniously undersized that it seems a matter of course that the newspapers in the reading-room should be printed in the very finest type. Of course there is a reading-room, and a dancing-room, and a café, and a billiard-room, with a bagatelle board instead of a table, and a little terrace on which you may walk up and down with very short steps. I hope the prices are as tiny as everything else, and I suspect, indeed, that Yport honestly claims, not that she is attractive, but that she is cheap.

I toiled up the perpendicular cliff again, and took my way over the grass, for another hour, to Fécamp, where I found the peculiarities of Yport directly reversed. The place is a huge, straggling village, seated along a wide, shallow bay, and adorned, of course, with the classic Casino and the row of hotels. But all this is on a very brave scale, though it is not manifest that the bravery of Fécamp has won a victory; and, indeed, the local attractions did not strike me as irresistible. A pebbly beach of immense length, fenced off from the town by a grassy embankment; a Casino of a bold and unsociable aspect; a principal inn, with an interminable brown façade, suggestive somehow of an asylum or an almshouse —- such are the most striking features of this particular watering-place. There are magnificent cliffs on each side of the hay, but, as the French say, without impropriety, it is the devil to get to them. There was no one in the hotel, in the Casino, or on the beach; the whole town being in the act of climbing the further cliff, to reach the downs on which the races were to be held. The green hillside was black with trudging spectators and the long sky line was fretted with them. When I say there was no one at the inn, I forget the gentleman at the door who informed me positively that he would give me no breakfast; he seemed to have staid at home from the races expressly to give himself this pleasure. But I went further and fared better, and procured a meal of homely succulence, in an unfashionable tavern, in a back street, where the wine was sound, the cutlets tender, and the serving-maid rosy. Then I walked along —- for a mile, it seemed —- through a dreary, grey grand rue, where the sunshine was hot, the odours portentous, and the doorsteps garnished with aged fishwives, retired from business, whose plaited linen coifs looked picturesquely white, and their faces picturesquely brown. I inspected the harbour and it’s goodly basin —- with nothing in it —- and certain pink and blue houses, which surround it, and then, joining the last stragglers, I clambered up the side of the cliff to the downs.

The races had already begun, and the ring of spectators was dense. I picked out some of the smallest people, looked over their heads, and saw several young farmers, in parti-coloured jackets, and very red in the face, bouncing up and down on handsome cart-horses. Satiated at last with this diversion, I turned away and wandered down the hill again; and after strolling through the streets of Fécamp, and gathering not a little of the wayside entertainment that a seaport and fishing town always yields, I repaired to the Abbey church, a monument of some importance, and almost as great an object of pride in the town as the Casino. The Abbey of Fécamp was once a very rich and powerful establishment, but nothing remains of it now save it’s church and it’s trappistine. The church, which is for the most part early Gothic, is very stately and picturesque, and the trappistine, which is a distilled liquor of the Chartreuse family, is much prized by people who take a little glass after their coffee. By the time I had done with the Abbey, the townsfolk had slid en masse down the cliff again, the yellow afternoon had come, and the holiday takers, before the wine-shops, made long and lively shadows. I hired a sort of two-wheeled gig, without a board, and drove back to Etretat in the rosy stage of evening. The gig dandled me up and down in a fashion of which I had been unconscious since I left off baby-clothes; but the drive, through the charming Norman country, over roads which lay among the peaceful meadows like paths amid a park, was altogether delightful. The sunset gave a deeper mellowness to the standing crops, and in the grassiest corner of the wayside villages the young men and maidens were dancing like the figures in vignette illustrations of classic poets.

Publié dans:Littérature américaine |on 6 novembre, 2006 |Pas de commentaires »

Les yeux des pauvres, de Charles Baudelaire

Ah! vous voulez savoir pourquoi je vous hais aujourd’hui. Il vous sera sans doute moins facile de le comprendre qu’à moi de vous l’expliquer; car vous êtes, je crois, le plus bel exemple d’imperméabilité féminine qui se puisse rencontrer.

Nous avions passé ensemble une longue journée qui m’avait paru courte. Nous nous étions bien promis que toutes nos pensées nous seraient communes à l’un et à l’autre, et que nos deux âmes désormais n’en feraient plus qu’une; – un rêve qui n’a rien d’original, après tout, si ce n’est que, rêvé par tous les hommes, il n’a été réalisé par aucun.

Le soir, un peu fatiguée, vous voulûtes vous asseoir devant un café neuf qui formait le coin d’un boulevard neuf, encore tout plein de gravois et montrant déjà glorieusement ses splendeurs inachevées. Le café étincelait. Le gaz lui-même y déployait toute l’ardeur d’un début, et éclairait de toutes ses forces les murs aveuglants de blancheur, les nappes éblouissantes des miroirs, les ors des baguettes et des corniches, les pages aux joues rebondies traînés par les chiens en laisse, les dames riant au faucon perché sur leur poing, les nymphes et les déesses portant sur leur tête des fruits, des pâtés et du gibier, les Hébés et les Ganymèdes présentant à bras tendu la petite amphore à bavaroises ou l’obélisque bicolore des glaces panachées; toute l’histoire et toute la mythologie mises au service de la goinfrerie.

Droit devant nous, sur la chaussée, était planté un brave homme d’une quarantaine d’années, au visage fatigué, à la barbe grisonnante, tenant d’une main un petit garçon et portant sur l’autre bras un petit être trop faible pour marcher. Il remplissait l’office de bonne et faisait prendre à ses enfants l’air du soir. Tous en guenilles. Ces trois visages étaient extraordinairement sérieux, et ces six yeux contemplaient fixement le café nouveau avec une admiration égale, mais nuancée diversement par l’âge.

Les yeux du père disaient: « Que c’est beau! que c’est beau! on dirait que tout l’or du pauvre monde est venu se porter sur ces murs. » – Les yeux du petit garçon: « Que c’est beau! que c’est beau! mais c’est une maison où peuvent seuls entrer les gens qui ne sont pas comme nous. » – Quant aux yeux du plus petit, ils étaient trop fascinés pour exprimer autre chose qu’une joie stupide et profonde.

Les chansonniers disent que le plaisir rend l’âme bonne et amollit le cœur. La chanson avait raison ce soir-là, relativement à moi. Non seulement j’étais attendri par cette famille d’yeux, mais je me sentais un peu honteux de nos verres et de nos carafes, plus grands que notre soif. Je tournais mes regards vers les vôtres, cher amour, pour y lire ma pensée; je plongeais dans vos yeux si beaux et si bizarrement doux, dans vos yeux verts, habités par le Caprice et inspirés par la Lune, quand vous me dites: « Ces gens-là me sont insupportables avec leurs yeux ouverts comme des portes cochères! Ne pourriez-vous pas prier le maître du café de les éloigner d’ici? »

Tant il est difficile de s’entendre, mon cher ange, et tant la pensée est incommunicable, même entre gens qui s’aiment!

Le Spleen de Paris

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Regard d’enfant

Publié dans:Littérature française |on 4 novembre, 2006 |Pas de commentaires »

Lesbos, de Charles Baudelaire

Mère des jeux latins et des voluptés grecques,
Lesbos, où les baisers, languissants ou joyeux,
Chauds comme les soleils, frais comme les pastèques,
Font l’ornement des nuits et des jours glorieux,
Mère des jeux latins et des voluptés grecques,

Lesbos, où les baisers sont comme les cascades
Qui se jettent sans peur dans les gouffres sans fonds
Et courent, sanglotant et gloussant par saccades,
Orageux et secrets, fourmillants et profonds;
Lesbos, où les baisers sont comme les cascades!

Lesbos, où les Phrynés l’une l’autre s’attirent,
Où jamais un soupir ne resta sans écho,
A l’égal de Paphos les étoiles t’admirent,
Et Vénus à bon droit peut jalouser Sapho!
Lesbos où les Phrynés l’une l’autre s’attirent,

Lesbos, terre des nuits chaudes et langoureuses,
Qui font qu’à leurs miroirs, stérile volupté!
Les filles aux yeux creux, de leur corps amoureuses,
Caressent les fruits mûrs de leur nubilité;
Lesbos, terre des nuits chaudes et langoureuses,

Laisse du vieux Platon se froncer l’œil austère;
Tu tires ton pardon de l’excès des baisers,
Reine du doux empire, aimable et noble terre,
Et des raffinements toujours inépuisés.
Laisse du vieux Platon se froncer l’œil austère.

Tu tires ton pardon de l’éternel martyre,
Infligé sans relâche aux cœurs ambitieux,
Qu’attire loin de nous le radieux sourire
Entrevu vaguement au bord des autres cieux!
Tu tires ton pardon de l’éternel martyre!

Qui des Dieux osera, Lesbos, être ton juge
Et condamner ton front pâli dans les travaux,
Si ses balances d’or n’ont pesé le déluge
De larmes qu’à la mer ont versé tes ruisseaux?
Qui des Dieux osera, Lesbos, être ton juge?

Que nous veulent les lois du juste et de l’injuste?
Vierges au cœur sublime, honneur de l’Archipel,
Votre religion comme une autre est auguste,
Et l’amour se rira de l’Enfer et du Ciel!
Que nous veulent les lois du juste et de l’injuste?

Car Lesbos entre tous m’a choisi sur la terre
Pour chanter le secret de ses vierges en fleurs,
Et je fus dès l’enfance admis au noir mystère
Des rires effrénés mêlés aux sombres pleurs;
Car Lesbos entre tous m’a choisi sur la terre.

Et depuis lors je veille au sommet de Leucate,
Comme une sentinelle à l’œil perçant et sûr,
Qui guette nuit et jour brick, tartane ou frégate,
Dont les formes au loin frissonnent dans l’azur;
Et depuis lors je veille au sommet de Leucate,

Pour savoir si la mer est indulgente et bonne,
Et parmi les sanglots dont le roc retentit
Un soir ramènera vers Lesbos, qui pardonne,
Le cadavre adoré de Sapho, qui partit
Pour savoir si la mer est indulgente et bonne!

De la mâle Sapho, l’amante et le poète,
Plus belle que Vénus par ses mornes pâleurs!
- L’œil d’azur est vaincu par l’œil noir que tachète
Le cercle ténébreux tracé par les douleurs
De la mâle Sapho, l’amante et le poète!

- Plus belle que Vénus se dressant sur le monde
Et versant les trésors de sa sérénité
Et le rayonnement de sa jeunesse blonde
Sur le vieil Océan de sa fille enchanté;
Plus belle que Vénus se dressant sur le monde!

- De Sapho qui mourut le jour de son blasphème,
Quand, insultant le rite et le culte inventé,
Elle fit son beau corps la pâture suprême
D’un brutal dont l’orgueil punit l’impiété
De celle qui mourut le jour de son blasphème.

Et c’est depuis ce temps que Lesbos se lamente,
Et, malgré les honneurs que lui rend l’univers,
S’enivre chaque nuit du cri de la tourmente
Que poussent vers les cieux ses rivages déserts.
Et c’est depuis ce temps que Lesbos se lamente!

Les Fleurs du Mal

 

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Sommeil (de Gustave Courbet)

 

 

Publié dans:Littérature française |on 4 novembre, 2006 |Pas de commentaires »

Utopie (2), de Thomas More

“Do not you think that if I were about any king, proposing good laws to him, and endeavouring to root out all the cursed seeds of evil that I found in him, I should either be turned out of his court, or, at least, be laughed at for my pains?

For instance, what could I signify if I were about the King of France, and were called into his cabinet council, where several wise men, in his hearing, were proposing many expedients; as, by what arts and practices Milan may be kept, and Naples, that has so often slipped out of their hands, recovered; how the Venetians, and after them the rest of Italy, may be subdued; and then how Flanders, Brabant, and all Burgundy, and some other kingdoms which he has swallowed already in his designs, may be added to his empire?

One proposes a league with the Venetians, to be kept as long as he finds his account in it, and that he ought to communicate counsels with them, and give them some share of the spoil till his success makes him need or fear them less, and then it will be easily taken out of their hands; another proposes the hiring the Germans and the securing the Switzers by pensions; another proposes the gaining the Emperor by money, which is omnipotent with him; another proposes a peace with the King of Arragon, and, in order to cement it, the yielding up the King of Navarre’s pretensions; another thinks that the Prince of Castile is to be wrought on by the hope of an alliance, and that some of his courtiers are to be gained to the French faction by pensions.

The hardest point of all is, what to do with England; a treaty of peace is to be set on foot, and, if their alliance is not to be depended on, yet it is to be made as firm as possible, and they are to be called friends, but suspected as enemies: therefore the Scots are to be kept in readiness to be let loose upon England on every occasion; and some banished nobleman is to be supported underhand (for by the League it cannot be done avowedly) who has a pretension to the crown, by which means that suspected prince may be kept in awe. Now when things are in so great a fermentation, and so many gallant men are joining counsels how to carry on the war, if so mean a man as I should stand up and wish them to change all their counsels–to let Italy alone and stay at home, since the kingdom of France was indeed greater than could be well governed by one man; that therefore he ought not to think of adding others to it; and if, after this, I should propose to them the resolutions of the Achorians, a people that lie on the south-east of Utopia, who long ago engaged in war in order to add to the dominions of their prince another kingdom, to which he had some pretensions by an ancient alliance: this they conquered, but found that the trouble of keeping it was equal to that by which it was gained; that the conquered people were always either in rebellion or exposed to foreign invasions, while they were obliged to be incessantly at war, either for or against them, and consequently could never disband their army; that in the meantime they were oppressed with taxes, their money went out of the kingdom, their blood was spilt for the glory of their king without procuring the least advantage to the people, who received not the smallest benefit from it even in time of peace; and that, their manners being corrupted by a long war, robbery and murders everywhere abounded, and their laws fell into contempt; while their king, distracted with the care of two kingdoms, was the less able to apply his mind to the interest of either. When they saw this, and that there would be no end to these evils, they by joint counsels made an humble address to their king, desiring him to choose which of the two kingdoms he had the greatest mind to keep, since he could not hold both; for they were too great a people to be governed by a divided king, since no man would willingly have a groom that should be in common between him and another.

Upon which the good prince was forced to quit his new kingdom to one of his friends (who was not long after dethroned), and to be contented with his old one.

To this I would add that after all those warlike attempts, the vast confusions, and the consumption both of treasure and of people that must follow them, perhaps upon some misfortune they might be forced to throw up all at last; therefore it seemed much more eligible that the king should improve his ancient kingdom all he could, and make it flourish as much as possible; that he should love his people, and be beloved of them; that he should live among them, govern them gently and let other kingdoms alone, since that which had fallen to his share was big enough, if not too big, for him:–pray, how do you think would such a speech as this be heard?”

“I confess,” said I, “I think not very well.”

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Le Roi en son conseil

 

Supposons donc que je sois ministre d’un roi. Voici que je lui propose les décrets les plus salutaires; je m’efforce d’arracher de son cœur et de son empire tous les germes du mal. Vous croyez qu’il ne me chassera pas de sa cour, ou ne m’abandonnera pas à la risée des courtisans?

Supposons, par exemple, que je sois ministre du roi de France. Me voilà siégeant dans le Conseil, alors qu’au fond de son palais, le monarque préside en personne les délibérations des plus sages politiques du royaume. Ces nobles et fortes têtes sont en grand travail pour trouver par quelles machinations et par quelles intrigues le roi leur maître conservera le Milanais, ramènera le royaume de Naples qui le fuit toujours, comment ensuite il détruira la république de Venise et soumettra toute l’Italie; comment enfin il réunira à sa couronne la Flandre, le Brabant, la Bourgogne entière, et les autres nations que son ambition a déjà envahies et conquises depuis longtemps.

L’un propose de conclure avec les Vénitiens un traité qui durera autant qu’il n’y aura pas intérêt à le rompre. «Pour mieux dissiper leurs défiances», ajoute-t-il, «donnons-leur communication des premiers mots de l’énigme; laissons même chez eux une partie du butin, nous la reprendrons facilement après l’exécution complète du projet.»

L’autre conseille d’engager des Allemands; un troisième d’amadouer les Suisses avec de l’argent. Celui-ci pense qu’il faut se rendre propice le dieu impérial, et lui faire une offrande d’or en guise de sacrifice; celui-là, qu’il est opportun d’entrer en arrangement avec le roi d’Aragon, et de lui abandonner comme un gage de paix le royaume de Navarre, qui ne lui appartient pas. Un autre veut leurrer le prince de Castille de l’espoir d’une alliance, et entretenir à sa cour des intelligences secrètes, en payant de grosses pensions à quelques grands seigneurs.

Puis vient la question difficile et insoluble, la question d’Angleterre, véritable nœud gordien politique. Afin de parer à toutes les éventualités, on arrête les dispositions suivantes:

Négocier avec cette puissance les conditions de paix, et resserrer plus étroitement les liens d’une union toujours chancelante; lui donner publiquement le nom de meilleure amie de la France, et, au fond, s’en méfier comme de son plus dangereux ennemi.

Tenir les Écossais toujours en haleine, ainsi que des sentinelles d’avant-poste attentives à tout événement, et, au premier symptôme de mouvement en Angleterre, les y lancer à l’instant comme une armée d’avant-garde.

Entretenir secrètement (à cause des traités qui s’opposent à une protection ouverte) quelque grand personnage en exil, l’encourager à faire valoir des droits sur la couronne d’Angleterre, et, par là, mettre en échec le prince régnant dont on redoute les desseins…

Alors, si, au milieu de cette royale assemblée où s’agitent tant de vastes intérêts, en présence de ces profonds politiques concluant tous à la guerre, si moi, homme de rien, je me levais pour renverser leurs combinaisons et leurs calculs, si je disais:

Laissons en repos l’Italie, et restons en France; la France est déjà trop grande pour être bien administrée par un seul homme, le roi ne doit pas songer à l’agrandir. Écoutez, messeigneurs, ce qui arriva chez les Achoriens, dans une circonstance pareille, et le décret qu’ils rendirent à cette occasion:

Cette nation, située au sud-est de l’île d’Utopie, fit autrefois la guerre, parce que son roi prétendait à la succession d’un royaume voisin, en vertu d’une ancienne alliance. Le royaume voisin fut subjugué, mais on ne tarda pas à reconnaître que la conservation de la conquête était plus difficile et plus onéreuse que la conquête elle-même.

À tout moment, il fallait comprimer une révolte à l’intérieur, ou envoyer des troupes dans le pays conquis; à tout moment, il fallait se battre pour ou contre les nouveaux sujets. Cependant l’armée était debout, les citoyens écrasés d’impôts; l’argent s’en allait au-dehors; le sang coulait à flots, pour flatter la vanité d’un seul homme. Les courts instants de paix n’étaient pas moins désastreux que la guerre. La licence des camps avait jeté la corruption dans les cœurs; le soldat rentrait dans ses foyers avec l’amour du pillage et l’audace de l’assassinat, fruit du meurtre sur les champs de bataille.

Ces désordres, ce mépris général des lois venaient de ce que le prince, partageant son attention et ses soins entre deux royaumes, ne pouvait bien administrer ni l’un ni l’autre. Les Achoriens voulurent mettre un terme à tant de maux; ils se réunirent en conseil national, et offrirent poliment au monarque le choix entre les deux États, lui déclarant qu’il ne pouvait plus porter deux couronnes, et qu’il était absurde qu’un grand peuple fût gouverné par une moitié de roi, quand pas un individu ne voudrait d’un muletier qui serait en même temps au service d’un autre maître.

Ce bon prince prit son parti; il abandonna son nouveau royaume à l’un de ses amis, qui en fut chassé bientôt après, et il se contenta de son ancienne possession.

Je reviens à ma supposition. Si j’allais plus loin encore; si, m’adressant au monarque lui-même, je lui faisais voir que cette passion de guerroyer qui bouleverse les nations à cause de lui, après avoir épuisé ses finances, ruiné son peuple, pourrait avoir pour la France les conséquences les plus fatales; si je lui disais:

Sire, profitez de la paix qu’un heureux hasard vous donne; cultivez le royaume de vos pères, faites-y fleurir le bonheur, la richesse et la force; aimez vos sujets, et que leur amour fasse votre joie; vivez en père au milieu d’eux, et ne commandez jamais en despote; laissez là les autres royaumes, celui qui vous est échu en héritage est assez grand pour vous.

Dites-moi, cher Morus, de quelle humeur une telle harangue serait-elle accueillie?

— De fort mauvaise humeur, répondis-je.

Traduction de Victor Stouvenel

Publié dans:Littérature anglaise |on 2 novembre, 2006 |Pas de commentaires »

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