If…, de Rudyard Kipling

Ce poème m’est revenu à l’esprit en pensant à ceux qui ont tout perdu dans les tragiques incendies de Grèce cet été…

If…



If you can keep your head when all about you,
Are losing theirs and blaming it on you,
If you can trust yourself when all men doubt you,
But make allowance for their doubting too;

If you can dream and not make dreams your master,
Or being lied about, don’t deal in lies,
Or being hated, don’t give way to hating,
And yet don’t look too good or talk too wise:

If you can dream and not make dreams your master;
If you can think and not make thoughts your aim;
If you can meet with Triumph and Disaster
And treat those two impostors just the same;

If you can bear to hear the words you’ve spoken
Twisted by knaves to make a trap for fools
Or watch the things you gave your life to, broken,
And stoop and build ‘em up with worn-out tools:

If you can make one heap of all your winnings
And risk it on one turn of pitch-and-toss,
And lose, and start again at your beginnings
And never breathe a word about your loss;

If you can force your heart and nerve and sinew
To serve your turn long after they are gone,
And so hold on when there is nothing in you
Except the Will which says to them: « Hold on! »

If you can talk with crowds and keep your virtue,
Or walk with Kings – nor lose the common touch,
If neither foes nor loving friends can hurt you,
If all men count with you, but none too much;

If you can fill the unforgiving minute
With sixty seconds worth of distance run,
Yours is the Earth and everything that’s in it,
And – which is more – you’ll be a man, my son!

Rudyard Kipling

Plusieurs traductions ont été publiées. Je préfère celle d’André Maurois bien qu’il ait pris de grandes libertés par rapport au texte original, à moins que ce ne soit justement pour cette raison… Je vous laisse « juges »!

 

Si : Tu seras un homme, mon fils

Si tu peux voir détruit l’ouvrage de ta vie
Et sans dire un seul mot te mettre à rebâtir,
Ou perdre en un seul coup le gain de cent parties
Sans un geste et sans un soupir ;

Si tu peux être amant sans être fou d’amour,
Si tu peux être fort sans cesser d’être tendre,
Et, te sentant haï, sans haïr à ton tour,
Pourtant lutter et te défendre ;

Si tu peux supporter d’entendre tes paroles
Travesties par des gueux pour exciter des sots,
Et d’entendre mentir sur toi leurs bouches folles
Sans mentir toi-même d’un mot ;

Si tu peux rester digne en étant populaire,
Si tu peux rester peuple en conseillant les rois,
Et si tu peux aimer tous tes amis en frère,
Sans qu’aucun d’eux soit tout pour toi ;

Si tu sais méditer, observer et connaître,
Sans jamais devenir sceptique ou destructeur,
Rêver, mais sans laisser ton rêve être ton maître,
Penser sans n’être qu’un penseur ;

Si tu peux être dur sans jamais être en rage,
Si tu peux être brave et jamais imprudent,
Si tu sais être bon, si tu sais être sage,
Sans être moral ni pédant ;

Si tu peux rencontrer Triomphe après Défaite
Et recevoir ces deux menteurs d’un même front,
Si tu peux conserver ton courage et ta tête
Quand tous les autres les perdront,

Alors les Rois, les Dieux, la Chance et la Victoire
Seront à tous jamais tes esclaves soumis,
Et, ce qui vaut mieux que les Rois et la Gloire
Tu seras un homme, mon fils.

Traduction d’André Maurois (1918)

tiré de Si : Tu seras un homme, mon fils de Guillaume Reynard, publié aux éditions Flammarion

Publié dans : Littérature anglaise |le 7 septembre, 2007 |4 Commentaires »

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4 Commentaires Commenter.

  1. le 25 septembre 2007 à 16:46 marcweidemann écrit:

    Bonjour… Parce que l’art est fait pour échanger, j’avais envie de visiter votre Blog, maintenant que j’en ai fait un aussi. Continuez… Le partage est le seul vrai trésor, car il ne rend pas seulement une personne heureuse… Mais tous ceux qui le reçoivent! http://marcweidemann.unblog.fr/ A bientôt ! Marc

  2. le 30 septembre 2007 à 11:18 koalangie écrit:

    Magnifique poème, j’aime beaucoup.
    Merci de l’avoir mis…
    Si c’est cela être un homme…il ne doit plus en avoir beaucoup sur terre malheureusement, non?
    C’est vrai que ça évoque la situation de ceux qui ont tout perdu en Grèce surtout ces vers:
    « Si tu peux voir détruit l’ouvrage de ta vie
    Et sans dire un seul mot te mettre à rebâtir,
    Ou perdre en un seul coup le gain de cent parties
    Sans un geste et sans un soupir  »
    Une véritable catastrophe ces incendies, j’espère qu’ils réussiront à rebâtir peu à peu ce qu’ils ont perdu et que « les Rois, les Dieux, la Chance et la Victoire » seront de leur côté…

    Amitiés.
    Angie

    Dernière publication sur Angie : D'une petite chose naissent les grandes

  3. le 19 octobre 2007 à 7:56 lusina écrit:

    « les Rois, les Dieux, la Chance et la Victoire »…
    Pour ma part, je pense que la « traduction » d’André Maurois est un autre poème.:-)
    Sans travailler trop la forme, j’ai fait la mienne…

    Si tu peux garder la tête froide quand autour de toi
    Tous la perdent et t’en rendent responsable,
    Si tu gardes confiance quand tous doutent de toi,
    Tout en reconnaissant la valeur de leur doute ;

    Si tu peux rêver sans faire des rêves tes maîtres
    Entendre des mensonges et t’en moquer,
    Etre haï et ne pas céder à la haine,
    Sans avoir l’air trop bon ou trop avisé :

    Si tu peux rêver sans faire des rêves tes maîtres
    Et penser sans faire de tes pensées une fin ;
    Si tu peux connaître ou triomphe ou malheur
    Et les traiter tous deux comme des imposteurs ;

    Si tu peux entendre les mots que tu as dits
    Déformés dans le but de piéger les naïfs
    Ou contempler, brisée, l’œuvre de ta vie,
    Et la reconstruire avec de pauvres outils ;

    Si tu peux entasser tout ce que tu as gagné
    Et le risquer dans un seul coup de dés,
    Le perdre, et du début recommencer,
    Sans te plaindre de ta perte jamais ;

    Si tu peux forcer cœur, nerfs et tendons
    A te servir longtemps après qu’ils sont partis,
    Et à tenir lorsqu’il n’existe en toi plus rien,
    A part la volonté qui leur dit : « Tiens ! »

    Si tu peux côtoyer le mal en gardant ta vertu
    Ou marcher aux côtés des rois en restant simple
    Si ni ennemis ou amis chers ne peuvent te blesser
    Si tous te considèrent, mais aucun en excès ;

    Si tu peux emplir la minute impardonnable
    Avec soixante secondes de course pour t’éloigner,
    Le monde est à toi, et tout ce qu’il y a dedans,
    Et –mieux encore – tu seras un homme, mon fils !

    lusina

  4. le 14 novembre 2007 à 21:43 lusina écrit:

    Et je viens de trouver celle-ci, dont je ne connais pas l’auteur, mais qui me paraît pas mal…
    Si tu peux rester calme alors que, sur ta route,

    Un chacun perd la tête, et met le blâme en toi;

    Si tu gardes confiance alors que chacun doute,

    Mais sans leur en vouloir de leur manque de foi;

    Si l’attente, pour toi, ne cause trop grand-peine:

    Si, entendant mentir, toi-même tu ne mens,

    Ou si, étant haï, tu ignores la haine,

    Sans avoir l’air trop bon, ni parler trop sagement;

    Si tu r̻ves, Рsans faire des r̻ves ton pilastre;

    Si tu penses, Рsans faire de penser toute le̤on;

    Si tu sais rencontrer Triomphe ou bien Désastre,

    Et traiter ces trompeurs de la même façon;

    Si tu peux supporter tes vérités bien nettes

    Tordues par les coquins pour mieux duper les sots,

    Ou voir tout ce qui fut ton but brisé en miettes,

    Et te baisser, pour prendre et trier les morceaux;

    Si tu peux faire un tas de tous tes gains suprêmes

    Et le risquer à pile ou face, – en un seul coup -

    Et perdre – et repartir comme à tes débuts mêmes,

    Sans murmurer un mot de ta perte au va-tout;

    Si tu forces ton cœur, tes nerfs, et ton jarret

    A servir à tes fins malgré leur abandon,

    Et que tu tiennes bon quand tout vient à l’arrêt,

    Hormis la Volonté qui ordonne : >

    Si tu vas dans la foule sans orgueil à tout rompre,

    Ou frayes avec les rois sans te croire un héros;

    Si l’ami ni l’ennemi ne peuvent te corrompre;

    Si tout homme, pour toi, compte, mais nul par trop;

    Si tu sais bien remplir chaque minute implacable

    De soixante secondes de chemins accomplis,

    A toi sera la Terre et son bien délectable,

    Et, – bien mieux – tu seras un Homme, mon fils.

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